Projet P45 S2 Master 1
Encadrants: Guillaume Ramillien – Théophile Bianciotto
ARCHITECTURE EN REFUGE : REPENSER L’INFRASTRUCTURE RURALE À MLOMP
Projet de Gare Routière Bioclimatique | Basse-Casamance, Sénégal Master 1 — Premier Semestre
L’Écorce Thermique : Du biomimétisme à l’infrastructure corporelle
Mobilier d’assise publique bioclimatique,
Mlomp, Basse-Casamance
Ce projet de recherche et de conception architecturale interroge le transfert des mécanismes de résilience du vivant vers l’espace public à travers la création d’un dispositif d’assise habité. Situé à Mlomp (12.5∘ N de latitude), l’ouvrage est conçu pour offrir une régulation thermique passive optimale en s’appuyant exclusivement sur les énergies environnementales locales et la physique des matériaux. La démarche refuse l’idée d’une enveloppe étanche et déconnectée pour proposer une architecture de transition, pensée comme un filtre dynamique entre le corps humain, la matière et son climat.
Le point de départ du semestre s’ancre dans l’analyse biomorphologique de l’huître de palétuvier (Crassostrea gasar) au sein de l’écosystème de la mangrove. Au-delà d’une simple observation esthétique, le travail graphique a mis en évidence les réponses structurelles de la colonie face au stress thermique intense de la phase d’émersion. La géométrie imbriquée et plissée de la grappe d’huîtres génère un auto-ombrage critique qui protège les organismes de la déshydratation, tandis que la coupe macro-structurelle de sa coquille , alternant strates denses et lentilles de craie poreuses, agit comme un véritable rupteur thermique naturel. Ces principes biologiques de déviation du rayonnement et d’isolation par la forme ont constitué la base conceptuelle du projet.
II. Le corps sédimentaire : Physiologie et anthropométrie
Parallèlement, une étude approfondie de l’organisme humain a permis de le modéliser comme un système d’échanges thermiques constants. Le travail cartographie les mécanismes de la thermorégulation humaine (thermogenèse, thermolyse) en quantifiant les transferts d’énergie s’opérant par rayonnement (60%), convection (15%) et conduction (15%), complétés par le rafraîchissement critique induit par l’évapotranspiration de la sueur.
Un parallélisme graphique fondamental a été tracé entre les couches de l’épiderme et les strates sédimentaires du sol, démontrant que la peau et la terre partagent les mêmes lois de cohésion, d’effusivité et de stockage d’inertie. Cette approche anthropologique s’est traduite par le relevé des postures vernaculaires (positions accroupies, statiques) et l’établissement d’un diagramme anthropométrique précis calibré sur la stature moyenne locale (1,70 m), fixant le cadre ergonomique inclusif et les rayons d’action du corps dans l’espace.
Le projet synthétise ces recherches amont dans un élément architectural en anneau. Orienté rigoureusement sur un axe Est-Ouest en lisière ouest du village face aux rizières, le banc est idéalement positionné pour capter les vents marins du Nord-Ouest tout en gérant l’exposition solaire annuelle. Sa paroi extérieure, texturée et ondulée à l’image des grappes d’huîtres, maximise l’auto-ombrage de la structure au fil de la course du soleil aux solstices.
Le passage de la théorie à l’ouvrage s’exprime dans la rigueur de sa coupe constructive. Conçu pour la construction réelle, le banc s’ancre dans une terre latéritique compacte et argileuse, un sol rude qui exige une excavation franche et mesurée. L’assise ergonomique repose sur une imposante fondation en béton cyclopéen excavée en rigole. Cette maçonnerie lourde de pierres locales liées s’insère intimement dans la matrice argileuse du terrain et fait office de gigantesque puits de fraîcheur. En s’asseyant ou en s’allongeant sur les différentes portions en étoile du dispositif, le corps de l’usager entre en contact direct avec cette masse inerte : la chaleur corporelle est absorbée et dissipée par conduction thermique descendante à travers les fondations et le sous-sol profond. L’architecture ne subit plus son milieu ; elle devient une extension physique des mécanismes de régulation thermique du corps humain.







