L’art de la main Design Built

Projet P45 S1 Master 1
Encadrants: Guillaume Ramillien – Théophile Bianciotto

ARCHITECTURE EN REFUGE : REPENSER L’INFRASTRUCTURE RURALE À MLOMP

Projet de Gare Routière Bioclimatique | Basse-Casamance, Sénégal Master 1 — Premier Semestre

L’infrastructure comme paysage social

Loin d’être un simple nœud de transit asphalté, stérile et générique, ce projet envisage la gare routière comme une rotule urbaine et un abri bioclimatique capable de s’insérer respectueusement dans l’écosystème de la Basse-Casamance. Face à l’urgence environnementale contemporaine, ce travail défend une conviction forte : l’avenir architectural réside dans l’optimisation des volumes, une consommation sobre et raisonnée des matériaux, et une écoute fine des usages vernaculaires. L’infrastructure n’est plus pensée comme une frontière rigide imposée au territoire, mais comme un sol texturé, poreux et accueillant, capable d’offrir un confort passif optimal tout en sublimant la vitalité de l’économie locale.

La Démarche : De l’immersion à la géométrisation du site

Le projet est le fruit d’une approche empirique et d’un diagnostic territorial rigoureux. Une étude comparative approfondie a d’abord été menée sur les gares routières régionales de Ziguinchor et d’Oussouye afin de décrypter les modes d’appropriation réels de l’espace public.

  • Ziguinchor (Pôle urbain) : A révélé les dynamiques de saturation spatiale et la sédentarisation de l’économie informelle, qui colonise et enveloppe littéralement le bâti institutionnel.
  • Oussouye (Pôle rural) : A mis en évidence une occupation diffuse, une mobilité articulée autour des deux-roues et le rôle capital de l’arbre comme micro-architecture génératrice d’ombre.

À l’échelle du village de Mlomp, un inventaire précis des typologies de véhicules (du triporteur de 3 m3 au minibus de 15 m3) et une analyse fine du réseau viaire — marqué par l’axe de latérite central et la capillarité des sentiers piétons — ont guidé le choix de l’implantation. Le projet s’installe à l’intersection des polarités villageoises pour canaliser les flux sans jamais heurter la tranquillité des concessions familiales traditionnelles.

Le Projet : Tactilité, matérialité et régulation passive

La traduction architecturale s’affranchit du plan-masse orthogonal classique pour proposer un système d’îlots organiques en forme de croissants. Ces plateformes guident les trajectoires des véhicules tout en créant des zones de refuge et de fraîcheur pour les piétons et les marchands.

Le projet puise sa force dans une expression constructive locale et éco-responsable :

  • La double toiture : Conçue en bambou et en chaume, son incurvation et sa superposition créent une cheminée thermique (effet Venturi) qui extrait l’air chaud en continu et capte la fraîcheur de la forêt environnante.
  • Les parois filtrantes : L’absence de cloisonnement opaque est compensée par des murs en briques de terre compressée (BTC) disposés en moucharabieh, qui tamisent le rayonnement solaire direct tout en maintenant une perméabilité constante aux brises locales.
  • Les îlots de terre : Au sol, des assises sculpturales façonnées en terre crue offrent un contact thermique frais et pérenne, propice à l’attente et à la palabre.

À travers cette imbrication entre technique bioclimatique et sociologie de l’informel, la gare routière de Mlomp devient un manifeste physique : la démonstration qu’une infrastructure publique peut faire corps avec son paysage, ses artisans et ses coutumes.